l’Alambic arrive…

Dans notre campagne voureysienne, il existait un métier très ancien : le bouilleur de cru (ou distillateur) ambulant.

Il consistait en la transformation de fruits fermentés en alcool, en utilisant un alambic. La distillation est un procédé qui a pour but de porter à ébullition les produits fermentés, pour en extraire l’alcool appelé « eau de vie » ou « gnôle ». En effet, autrefois à Vourey en plein hiver, on voyait arriver l’alambic du bouilleur ambulant, tracté par le cheval.

 

Mais tout d’abord… quelle différence entre « bouilleur de cru » et « bouilleur ambulant »?

Le « bouilleur de cru » était le récoltant, le « bouilleur ambulant » était le distillateur qui se mettait au service du premier. La distinction entre les deux date du gouvernement de Pétain, qui en 1942 a interdit la distillation à domicile, ce qui a favorisé le travail du bouilleur ambulant.
Le bouilleur de cru pouvait néanmoins distiller lui-même dans le cadre d’ un « syndicat de distillation » avec un alambic souvent communal. Le bouilleur de cru était un amateur, le bouilleur ambulant était un professionnel, les deux statuts avaient leurs propres avantages. Certains bouilleurs de cru ambulant bénéficiaient de manière résiduelle d’une allocation en franchise leur donnant droit à une exonération de taxes sur les 1000 premiers degrés d’alcools pur qu’ils produisaient.
C’est ce que l’on nommait « privilège » et par abus de langage, « droit de bouillir ».
Le privilège de bouilleur de cru remonte à Napoléon, lorsqu’il accorda un privilège d’exonération de taxes pour la distillation de 10 litres d’alcool pur ou pour 20 litres d’alcool à 50° pour ses grognards. Ce privilège fut héréditaire jusqu’en 1960, où, pour tenter de limiter le fléau de l’alcoolisme dans les campagnes mais aussi sous la pression des lobbies de grands importateurs d’alcool fort ou producteurs français, le législateur en interdit la transmission entre générations : seul le conjoint survivant pouvait en user jusqu’à sa propre mort, mais plus aucun descendant.
Dès lors, les bouilleurs de cru non titulaire du privilège pouvaient faire fabriquer leur alcool par le bouilleur de cru ambulant mais devaient verser une taxe fiscale au Trésor Public via l’administration des douanes à partir de 1993.

 

A Vourey, le bouilleur de cru était très attendu…

L’alambic, au fur et à mesure des jours passés, s’installait dans les principaux quartiers du village : Le centre, Sanissard, Les Rivoires, etc…
A chaque installation les agriculteurs apportaient leurs fruits (pommes, poires, raisins, prunes, mirabelles, marc de raisin…) ayant subi préalablement la fermentation dans des tonneaux fermés.
La distillation pouvait alors débuter…
Alors s’élevait dans chaque quartier un mélange d’odeurs de fruits bien évidement, mais également de saucisson consommé au pied de l’alambic, l’odeur du feu de bois servant à chauffer la chaudière.
Et puis les rires, les histoires au coin de l’alambic…
Les joues rougies et les phrases en patois…
Tout ceci c’était…l’alambic !

 

Aujourd’hui, tout ceci n’existe plus.

Aujourd’hui, la « gnôle » s’achète en grande surface, produite dans le plus grand respect des normes sanitaires actuelles.
Mais celui qui a connu le temps des alambics à Vourey se souvient encore de l’odeur de la mirabelle ou de la poire. Souvenirs d’enfance en rentrant de l’école avec le cartable au bout du bras…

Alors… si vous croisez un jour un distillateur ambulant, regardez-le bien ! Car bientôt, ce métier aura totalement disparu du paysage de nos belles campagnes du Dauphiné…

 

texte extrait du livre « Histoire et histoires de Vourey », par Les Compagnons de Volvredo 

 

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