Les Deux Vourey

Jusqu’à la fin du moyen-âge, le village de Vourey n’existait pas. Nous savons, par l’analyse des noms de lieux, qu’une grande ferme romaine existait à proximité du hameau actuel de Sanissard, ainsi qu’un temple dédié à Mercure. Bien abrité du nord, pourvu de sources et d’étangs, le lieu connut sans doute alors quelques habitations.

Longtemps le territoire actuel fut partagé entre les puissants seigneurs de Tullins, de Moirans et de Rives ainsi qu’avec les chevaliers du temple, qui devinrent ensuite les chevaliers de St Jean de Jérusalem. Ce n’est qu’en 1317 que ceux-ci cédèrent leur fief au seigneur de Tullins avec l’obligation d’y établir un bourg où les hommes des alentours devaient se rassembler. A partir de cette époque se développe un modeste peuplement épars, mais le territoire n’est pas reconnu comme une communauté à part entière. A l’image de la scission de l’Allemagne après la seconde guerre mondiale, le territoire de Vourey se trouvait partagé en deux communautés séparées par le Ri Dolon qui le traverse dans toute sa longueur : sur sa rive droite se trouvait Vourey de Tullins et sur sa rive gauche Vourey de Moirans. Cette situation déchirante pour les habitants générait bien des inconvénients. Pour les représenter et gérer notamment la répartition et la perception des impôts, il leur fallait élire non pas un consul mais deux et établir non pas un seul rôle mais deux. Dans le même temps, les communautés avaient chacune leur châtelain et leur greffier, qu’il fallait bien sûr rémunérer. De plus, l’impôt foncier de l’époque, la taille, outre son caractère inégalitaire et exorbitant parce qu’il était assis sur la qualité des personnes et non pas sur la valeur des terres, était calculé de manière différente pour les habitants de Vourey de Tullins et ceux de Vourey de Moirans.

Situation kafkaïenne, injustifiable, inextricable.

Cette situation générale à toute la province généra à partir de la seconde moitié du XVIe siècle un retentissant procès que l’on appela le procès des tailles. Il débuta à Vourey en 1542 et malgré des arrêts royaux de règlement en faveur du tiers état donnés en 1634 et 1639, la situation ne s’améliora guère parce que les nobles, qui avaient beaucoup à perdre dans cette affaire, multiplièrent les entraves et les procès pour ralentir l’application de cette importante et juste réforme et les communautés n’avaient guère les moyens de poursuivre indéfiniment ces longs et complexes procès. C’était toujours le tiers état qui assumait le plus lourd tribut fiscal. Pourtant les habitants tinrent bon et au prix d’immenses sacrifices continuèrent les procès durant tout le XVIIe siècle. Au début du XVIIIe siècle, le 27 mars 1709, après de nombreuses demandes sans cesse répétées, première conséquence heureuse de ce long procès des tailles, les communautés de Vourey de Tullins et de Vourey de Moirans obtinrent d’être réunies en une seule communauté sous le seul nom de Vourey. C’était l’acte de naissance du village et … enfin la réunification !

Cette belle victoire obtenue, le procès des tailles reprit.

Le 18 juillet 1709, la communauté assignait en paiement de leurs arriérés de taille Justine de Prunier de St André et Catherine Ferdinande de La Baume d’Hostun, veuves des seigneurs de Sassenage. Sans plus de succès.

Le scénario connu pour le XVIIe siècle se reproduisit au cours du XVIIIe siècle. Les instances se succédèrent à l’encontre des nouveaux seigneurs avec les mêmes fortunes diverses pour l’un ou l’autre camp et sans que les arriérés de taille dus par les nobles fussent payés. Lorsqu’éclateront les événements révolutionnaires, la communauté sera toujours en procès contre ses seigneurs et l’on peut ainsi mieux mesurer la constance, la ténacité, l’opiniâtreté qu’il a fallu pour maintenir, malgré toutes les misères, malgré tous les drames, malgré toutes les catastrophes, pendant plus de deux siècles, la même demande pour obtenir justice, pour que Vourey devienne enfin VOUREY.

« Sur la requête présentée par les consuls, habitants et forains de la communauté de Vourey de Tulin et de celle de Vourey de Moirans tendantes à ce qu’en exécution de l’édit de la révision de la Province de Dauphiné du mois de juin 1706, lesdittes deux communautés soient et demeurent jointes à l’avenir et ne fassent qu’une seule et même communauté sous le nom seulement de Vourey. Nous, commissaires susdits, entérinant la requête desdits consuls, habitants et forains desdittes deux communautés de Vourey de Tulin et de Vourey de Moirans, avons homologué leur dit acte d’assemblée du vingt septième décembre dernier pour être exécuté suivant sa forme et teneur et, en conséquence, avons ordonné que lesdittes deux communautés seront et demeureront à l’avenir jointes et unies pour ne faire qu’une seule et même communauté sous le nom simplement de Vourey, et qu’il ne leur sera envoyé qu’un seul mandement ou lançon* pour n’être fait qu’un seul rolle pour chacune imposition ; Et notre présent jugement sera enregistré au greffe du bureau de l’élection de Romans et partout ou besoin sera. Fait à Grenoble le vingt septième mars mil sept cent neuf. »

SIGNE : BAVYN       CANEL         BASSET

*C’était l’état qui répertoriait les habitants pour servir à l’établissement du rôle de taille.

 

 

 

 

texte extrait du livre « Histoire et histoires de Vourey », par Les Compagnons de Volvredo 

Retour haut de page